Démarche
Mon travail part d’un constat simple : l’histoire de l’image a produit une asymétrie des corps.
Politique des formes
Mon travail part d’un constat simple : l’histoire de l’image a produit une asymétrie des corps. Le phallus traverse l’art depuis l’Antiquité — sculpté, glorifié, monumentalisé. La vulve y est longtemps restée absente ou réduite à l’érotisme. Cette asymétrie n’est pas anodine : les représentations construisent les imaginaires et les imaginaires construisent les relations de pouvoir. Je réponds à cette asymétrie par un geste formel : la géométrisation. Réduire les formes anatomiques à leurs essentiels graphiques — un triangle, deux cercles, une forme fusionnée — c’est les soustraire à la charge taboue qui les conditionne. C’est créer un espace visuel où la vulve et la verge coexistent avec la même légitimité chromatique et spatiale. La Vulverge, néologisme que j’ai forgé pour nommer cette fusion, cristallise cette proposition. Ni provocation, ni voyeurisme — une démonstration. Je travaille à l’estampe, à la risographie, au pochoir et à la bombe. Ces techniques ne sont pas choisies par nostalgie — elles portent en elles une histoire du geste militant. L’imperfection du rendu affirme l’humain contre l’uniformité numérique. La diffusion à prix accessible sort l’art des espaces réservés. Mes éditions limitées circulent dans les espaces domestiques, sur les corps, dans la rue. L’espace domestique devient territoire politique. Le corps devient surface de résistance symbolique. L’adelphité — terme grec désignant le lien sans distinction de genre — est le principe qui gouverne ma pratique collective. Depuis 2024, j’invite des artistes à des collaborations en carte blanche : liberté totale, résonance thématique. Ces rencontres construisent, œuvre après œuvre, une communauté créative qui met le concept en acte. Mon travail se déplace aujourd’hui vers l’installation et l’espace public. Le passage du format estampe (30×40 cm) à l’échelle monumentale est la suite logique d’une démarche qui a toujours pensé la diffusion comme acte politique : plus c’est grand, plus ça occupe l’espace commun.
La Vulverge
La Vulverge est un néologisme — visuel autant que linguistique — qui fusionne la vulve et la verge. Ni l’une ni l’autre : les deux à la fois, réduites à leurs formes géométriques essentielles, traitées avec la même rigueur graphique, occupant le même espace. Le triptyque Vulve / Verge / Vulverge (2024) en est la démonstration : de l’invisibilité à la symétrie, jusqu’à la fusion. Chaque forme existe séparément — en résonance avec la diversité des corps et des identités. Ensemble, elles forment une proposition politique : si les corps ont été hiérarchisés par l’image, ils peuvent être égalisés par l’image. La géométrisation n’est pas un choix esthétique neutre. Elle désexualise sans effacer, normalise sans uniformiser, crée une présence publique apaisée hors du voyeurisme. C’est, en termes bauhasiens, réduire la forme à sa fonction symbolique.
Influences
Bauhaus · Constructivisme · Art féministe des années 1970 (Judy Chicago, Guerrilla Girls) · Minimalisme géométrique · Affiches militantes
Les techniques
Estampe numérique · Risographie · Sérigraphie · Pochoir et bombe · Installation · Édition d’art
L’adelphité,
c’est quoi
ce mot?
Du grec adelphos — désignant le lien sans distinction de genre. Là où fraternité et sororité reposent sur une appartenance genrée, l’adelphité nomme une solidarité inclusive. Femmes, personnes non-binaires, hommes alliés — toustes. Ce terme oublié, réactivé ici, gouverne la pratique collaborative de WOMAEN. Chaque invitation en carte blanche est une façon de tester le concept dans la création : peut-on construire quelque chose ensemble sans rapport de commande, sans hiérarchie ?