Histoire
©Felipe Vieira
Itinéraire
d'une femme libre
J’ai grandi dans le sud de la France des années 70 au sein d’une famille avant-gardiste où l’égalité et l’indépendance étaient primordiales. Mes parents, unis par leur soif d’indépendance, ont choisi de vivre pleinement avant de fonder une famille. Cette liberté de choix a façonné ma vision du monde dès mes premiers pas.
Racines et valeurs familiales
Mon père, fils d’immigrés italiens ayant connu une France où l’intégration se gagnait de haute lutte, m’a transmis sa force de caractère et son sens de la débrouille. Son métier de styliste chaussure a sans doute infusé en moi un certain sens de la forme et de la conception. Il m’a également initiée aux outils, à la mécanique, m’ouvrant des horizons traditionnellement fermés aux filles. Ma mère, issue d’une famille paysanne nombreuse et seule de sa fratrie à poursuivre des études, m’a inculqué l’amour du travail bien fait et la rigueur. Son indépendance a été pour moi un modèle d’émancipation féminine, me prouvant quotidiennement que les femmes pouvaient exceller dans tous les domaines.
Mes grands-parents, Elisabetta et Vito, originaires des Pouilles, ont marqué profondément mon enfance. Dans l’atelier de mon grand-père cordonnier, j’ai découvert l’odeur du cuir et la beauté de l’artisanat qui aujourd’hui nourrissent ma créativité. Ma grand-mère, femme forte d’après-guerre et super « mama » au quotidien, a relevé le défi de l’adaptation à la France avec une dignité inspirante. C’est elle qui m’a transmis le plaisir de cuisiner, mêlant amour et tradition dans chaque plat.
Un engagement artistique et féministe
C’est à l’adolescence que j’ai brutalement pris conscience des inégalités, cette liberté que je considérais comme naturelle se heurtait aux jugements et aux préjugés. Un trajet en stop a été un électrochoc révélateur, m’ouvrant les yeux sur la violence machiste. J’ai alors décidé de m’affirmer, de prouver que les femmes sont capables de tout, de dépasser les limites imposées par la société.
Devenue graphiste, j’ai dû m’imposer dans un milieu où les femmes devaient sans cesse prouver leur valeur. Puis, à 32 ans, la maternité et rapidement après, mon rôle de mère solo, ont renforcé ma conviction que l’indépendance financière est le socle de notre émancipation. À 40 ans, forte de ces expériences, j’ai osé le saut vers le statut de freelance, une prise de risque assumée en tant que femme et mère seule. J’ai jonglé entre ma carrière de directrice artistique freelance et mon rôle de mère, transmettant à ma fille les valeurs d’autonomie et de confiance qui m’avaient été inculquées.
WOMAEN est née de cette histoire personnelle, de ces combats quotidiens, de cette certitude que l’art peut transformer les mentalités. Chaque création que je propose porte en elle les valeurs d’égalité et d’adelphité qui ont façonné mon parcours. À travers cette marque, je poursuis le chemin que mes parents avaient tracé : celui d’un monde où nos capacités ne sont jamais limitées par notre genre.